Enerdrape : la géothermie sans forage qui pourrait transformer les parkings en centrales énergétiques
Enerdrape : la géothermie sans forage qui pourrait transformer les parkings en centrales énergétiques
Dans la transition énergétique du parc immobilier, la géothermie est souvent présentée comme une solution d’avenir. Mais dans les centres urbains denses, son déploiement reste limité : forages complexes, contraintes administratives, coûts élevés ou manque d’espace freinent encore son adoption.
Une startup suisse issue de l’EPFL propose aujourd’hui une approche radicalement différente : exploiter l’énergie thermique déjà présente dans les infrastructures souterraines existantes.
C’est le pari d’Enerdrape.
Spin-off de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), la société développe la première technologie de panneaux géothermiques modulaires capables de capter la chaleur du sol directement depuis les murs de fondation, les parkings souterrains ou les tunnels, sans aucun forage.
Une innovation discrète mais potentiellement massive pour accélérer la décarbonation du parc immobilier existant.
Exploiter l’énergie invisible des infrastructures souterraines
Chaque bâtiment enterré — parking, cave, tunnel ou station souterraine — est en contact direct avec le sol, dont la température reste relativement stable toute l’année.
Enerdrape transforme ces surfaces en sources d’énergie renouvelable.
Le principe repose sur des panneaux géothermiques fixés directement sur les murs en contact avec le terrain. À l’intérieur circule un fluide caloporteur qui récupère les calories du sol et de l’environnement souterrain. Cette énergie est ensuite valorisée via une pompe à chaleur pour alimenter le système thermique du bâtiment.
Contrairement aux sondes géothermiques traditionnelles, la solution ne nécessite ni forage profond ni intervention lourde dans le sol.
Les panneaux peuvent être installés dans des infrastructures existantes, souvent en quelques jours, ce qui ouvre un champ d’application considérable pour la rénovation énergétique.
« Notre objectif est simple : transformer chaque infrastructure souterraine en source d’énergie renouvelable », explique la CEO et cofondatrice Margaux Peltier.
« Les villes possèdent déjà des milliers de parkings et de sous-sols. Ils représentent un potentiel énergétique largement inexploité. »
Une innovation née dans les laboratoires de l’EPFL
L’histoire d’Enerdrape commence dans le Laboratoire de mécanique des sols de l’EPFL.
Ingénieure civile de formation, Margaux Peltier travaille durant son master sur les géostructures énergétiques — des infrastructures capables de produire ou d’échanger de l’énergie thermique avec le sol.
Elle découvre alors un paradoxe : les bâtiments souterrains accumulent de la chaleur ou de la fraîcheur, mais cette énergie est presque toujours perdue.
L’idée d’Enerdrape consiste précisément à récupérer cette chaleur résiduelle et géothermique.
La startup est cofondée avec les chercheurs Alessandro Rotta Loria et Lyesse Laloui, spécialistes reconnus des géostructures énergétiques.
Le premier prototype est testé dans un parking à Lausanne, avant que la technologie ne fasse l’objet de plusieurs brevets internationaux.
Une solution particulièrement adaptée à la rénovation
Si la technologie peut être intégrée dans des projets neufs, son potentiel se révèle particulièrement important dans le parc immobilier existant.
Contrairement aux sondes géothermiques profondes, souvent difficiles à installer en zone urbaine dense, les panneaux Enerdrape utilisent des surfaces déjà présentes dans les bâtiments.
Parkings souterrains, caves, tunnels ou infrastructures de transport deviennent ainsi des échangeurs thermiques.
Selon l’entreprise, un mètre carré de panneaux peut contribuer à chauffer ou rafraîchir entre cinq et dix mètres carrés de surface dans un bâtiment.
« La transition énergétique ne passera pas uniquement par la construction de bâtiments neufs », souligne Margaux Peltier.
« Il faut aussi trouver des solutions capables de s’intégrer facilement dans le parc existant. »
Des premiers projets en Suisse et en Europe
Enerdrape a déjà déployé plusieurs projets pilotes en Suisse et en Europe.
À Genève, la Ville de Lancy utilise cette technologie dans le parking du bâtiment administratif municipal afin de contribuer au chauffage des bureaux.
En France, des installations alimentent également des immeubles résidentiels, notamment dans des projets réalisés avec des partenaires énergétiques comme ENGIE.
Les clients ciblés sont principalement des propriétaires institutionnels, des collectivités publiques, des fonds immobiliers ou des gestionnaires d’infrastructures souterraines.
Dans un contexte où la décarbonation du chauffage devient une priorité réglementaire, ces acteurs cherchent de nouvelles sources d’énergie renouvelable capables de compléter les solutions existantes.
L’immobilier face à l’innovation énergétique
Pour Enerdrape, le principal défi n’est plus technologique.
Il est culturel.
Le secteur immobilier reste prudent face aux nouvelles technologies énergétiques, surtout lorsqu’elles s’écartent des solutions historiques.
« Le plus difficile n’a pas été de développer la technologie, mais de convaincre un secteur qui n’est pas habitué à adopter rapidement l’innovation », reconnaît Margaux Peltier.
Mais la dynamique évolue.
La pression réglementaire, les objectifs ESG des investisseurs et la hausse des coûts énergétiques poussent de plus en plus d’acteurs à explorer des solutions alternatives.
Quand les parkings deviennent des infrastructures énergétiques
Au-delà de son intérêt énergétique, la technologie Enerdrape ouvre également une nouvelle réflexion sur l’usage des infrastructures urbaines.
Les panneaux installés dans les parkings restent visibles et peuvent aussi servir de supports pédagogiques ou de communication pour sensibiliser le public à la transition énergétique.
Une dimension presque symbolique pour une innovation qui repose précisément sur l’idée de rendre visible l’énergie invisible des villes.
« Nous sommes convaincus que les infrastructures souterraines deviendront demain des éléments clés des systèmes énergétiques urbains », affirme Margaux Peltier.
« Comme les panneaux solaires ont transformé les toitures, les panneaux géothermiques pourraient transformer les sous-sols. »
Une perspective qui pourrait bien redéfinir la manière dont les villes produisent leur énergie.
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