À Neuchâtel, les appartements avec encadrement préparent une autre manière de vieillir chez soi
À mi-chemin entre le logement traditionnel et l’EMS, les appartements avec encadrement (AE) permettent aux personnes âgées ou en situation de handicap de conserver leur autonomie dans un environnement adapté. À Neuchâtel, leur développement mobilise toute la chaîne du logement, de la planification à l’exploitation.
Un logement avant tout
L’appartement avec encadrement n’est ni une chambre d’EMS ni une structure médicalisée. Il reste un logement individuel, occupé sur la base d’un bail à loyer, dans lequel la personne organise librement son quotidien. Sa particularité tient à un environnement accessible et à des prestations qui sécurisent le quotidien : système d’alarme, référent social, animations et espaces communs.
« Un appartement avec encadrement reste avant tout un logement », résume Nicole Decker, cheffe de l’Office cantonal du logement de Neuchâtel. L’objectif n’est pas de reproduire un environnement institutionnel, mais de permettre à chacun de rester autonome dans un cadre adapté.
Cette solution intermédiaire prend une importance croissante avec le vieillissement de la population. Lorsqu’un logement devient inadapté ou trop éloigné des transports publics, des commerces et des services du quotidien, les AE peuvent offrir une alternative à l’entrée en institution. Ils permettent de prolonger le maintien à domicile, de limiter l’isolement et de repousser systématiquement l’entrée en EMS, voire de l’éviter dans certains cas.
Changer d’échelle d’ici 2030
Le canton veut désormais accélérer. Plus de 900 AE sont aujourd’hui labellisés à Neuchâtel. L’objectif est d’atteindre 1’764 logements en 2030, puis 2’057 en 2040, soit 42,6 appartements pour 1’000 en âge de bénéficier de l’AVS.
Le défi ne consiste pas seulement à augmenter l’offre, mais aussi à mieux la répartir entre les régions. La localisation fait partie intégrante du projet : un appartement accessible perd une partie de son intérêt s’il se trouve éloigné des transports publics, des commerces ou des services du quotidien.
Une chaîne d’acteurs à réunir dès le départ
Un projet peut être porté par une commune, une coopérative, une fondation, un propriétaire privé, un investisseur ou une caisse de pension. L’Office cantonal du logement accompagne les porteurs de projets, tandis que le Service cantonal de la santé publique intervient dans la reconnaissance et la labellisation. Les communes jouent aussi un rôle stratégique par leur connaissance des besoins locaux.
Pour Nicole Decker, l’un des enjeux est d’intégrer cette réflexion suffisamment tôt. Chercher à obtenir le label lorsque le projet architectural est déjà abouti peut conduire à des adaptations complexes ou coûteuses. Accès, circulations, espace commun et fonctionnement du bâtiment doivent être anticipés dès les premières phases.
Pour les architectes et les maîtres d’ouvrage, l’appartement avec encadrement ne peut donc pas être considéré comme un logement conventionnel auquel on ajouterait quelques équipements en fin de projet.
Construire neuf… ou transformer l’existant
La construction neuve offre davantage de liberté : ascenseurs, circulations, seuils, salles de bains ou accès extérieurs peuvent être dimensionnés dès l’origine. La question devient plus délicate lorsqu’on intervient sur le bâti existant.
La rénovation représente pourtant un levier important. Certains immeubles accueillent déjà des personnes âgées sans disposer du label AE et pourraient être adaptés. Mais chaque bâtiment doit être étudié. Un ascenseur trop petit, quelques marches à l’entrée, des couloirs étroits ou l’impossibilité de créer un espace collectif peuvent rapidement compliquer une transformation.
La question économique rejoint alors la question architecturale : jusqu’où intervenir avant que le coût des travaux ne rende l’opération disproportionnée ? Le potentiel du parc existant est réel, mais tous les bâtiments ne se prêtent pas à cette évolution.
Le label ne se limite pas aux dimensions minimales. Il intègre l’accessibilité, mais aussi l’éclairage, l’acoustique, la signalétique, les espaces communs et l’environnement immédiat du bâtiment. En rénovation, l’application de la norme SIA 500 peut toutefois être plus souple, comme le permet la LHand au niveau fédéral, afin de tenir compte des contraintes propres au bâti existant.
Il s’agit donc de penser l’usage quotidien dans son ensemble, sans perdre de vue la faisabilité technique et économique des transformations.
Concevoir des logements, pas des institutions
L’un des enjeux majeurs consiste à répondre aux contraintes liées à l’âge ou à la mobilité sans produire une architecture institutionnelle.
La lumière naturelle, les contrastes, la signalétique, l’intimité, la facilité à se repérer et la qualité des espaces partagés deviennent déterminants. Une salle commune ne doit pas imposer une vie collective, mais offrir un espace de rencontre que les habitants peuvent s’approprier librement, y compris lorsque la référente sociale n’est pas présente.
L’AE cherche ainsi à sécuriser sans surveiller, à accompagner sans retirer l’autonomie. Cette logique se poursuit dans l’exploitation : système d’alarme, animations et visites régulières complètent le logement sans se substituer aux prestations médicales ou de soins.
Un modèle à rendre accessible
Pour fonctionner à grande échelle, ces logements doivent rester financièrement accessibles. Fin 2025, 65 % des appartements avec encadrement étaient compatibles avec les plafonds des prestations complémentaires.
L’encadrement représente, de son côté, un coût d’environ 200 francs par mois, payé par le locataire ou admis par les prestations complémentaires dans le plafond des loyers.
Les maîtres d’ouvrage d’utilité publique peuvent bénéficier de soutiens, mais les objectifs cantonaux ne pourront pas reposer uniquement sur les communes, coopératives et fondations. Les investisseurs privés ont eux aussi un grand rôle à jouer.
L’équation est donc multiple : produire suffisamment, maintenir des loyers accessibles, absorber les coûts de construction ou de transformation et garantir une qualité architecturale durable.
Construire davantage, mais surtout construire juste
Le nombre d’appartements créés permettra de mesurer les progrès, mais il ne dira pas tout. Leur occupation, leur répartition géographique, la satisfaction des habitants, leur capacité à conserver leur autonomie ou encore la qualité de la vie sociale seront tout aussi importantes.
À travers les AE se dessine finalement une question qui dépasse le canton de Neuchâtel : comment adapter le logement à une population qui vieillit sans transformer l’habitat en institution ?
La réponse passera par de nouvelles constructions, mais aussi par la transformation du parc existant. Elle demandera aux communes, maîtres d’ouvrage, investisseurs, architectes et acteurs sociaux de travailler plus étroitement ensemble. Derrière les normes et les objectifs chiffrés, l’ambition reste très concrète : permettre de continuer à habiter chez soi, le plus longtemps possible.
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