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Construire sans ego : l’approche collaborative d’OB architectes

Construire sans ego : l’approche collaborative d’OB architectes

Verfasst von
Debora Trajkova
22 Oct 2026
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À la tête d’OB architectes, Olivia Buttler défend une architecture contextuelle, collaborative et profondément humaine. Une manière de concevoir les projets, mais aussi de diriger une entreprise.

Dans un secteur encore souvent structuré autour de figures fortes, d’organisations pyramidales et de relations parfois cloisonnées entre les différents acteurs de la construction, Olivia Buttler a choisi de développer une autre approche. Depuis la création de son bureau il y a sept ans, elle construit une pratique fondée sur la confiance, la pluralité des regards et la co-construction avec les maîtres d’ouvrage, les mandataires et les entreprises. Son ambition n’est pas d’imposer une signature à chaque projet, mais de porter une vision architecturale forte tout en créant les conditions pour que la réponse la plus juste puisse émerger collectivement.

Un bureau né d’une autre vision du métier
Diplômée de l’EPFL, Olivia Buttler débute sa carrière dans plusieurs bureaux de la région lémanique, puis rejoint une agence française fraîchement implantée sur le marché suisse. Ces expériences lui permettent de découvrir des contextes et des manières de travailler variés, mais aussi de préciser progressivement sa propre vision du métier : une pratique moins verticale, davantage fondée sur la responsabilisation des équipes et sur une relation constructive avec les maîtres d’ouvrage et l’ensemble des partenaires du projet.

« Je ne me retrouvais pas dans une logique de rapport de force. Pour moi, un projet se construit dans le dialogue, en comprenant les contraintes et les attentes de chacun pour parvenir ensemble à la réponse la plus juste. », résume-t-elle. Lorsque l’agence française réduit finalement ses activités en Suisse, plusieurs clients lui proposent de poursuivre les projets directement avec elle.

À 28 ans, Olivia Buttler se lance seule, avec un premier mandat, puis un second. Le bureau grandit ensuite progressivement, sans rupture et sans volonté de croissance à tout prix.


Une méthode avant une signature
Aujourd’hui, le bureau intervient sur des programmes très différents : santé, crèches, logements, bureaux, rénovations ou encore industrie, issus de mandats directs comme de marchés publics. Cette diversité n’est pas le résultat d’une spécialisation sectorielle, mais d’une méthode de travail suffisamment solide pour s’adapter à des contextes et à des cahiers des charges variés.

La ligne commune ne se trouve donc pas dans la répétition d’un vocabulaire formel. OB architectes revendique au contraire des projets contextuels, conçus à partir du lieu, des usages, des contraintes et des besoins réels. Une sensibilité se dégage néanmoins de l’ensemble : une architecture attentive, parfois décrite comme plus douce ou plus inclusive, dans laquelle la qualité naît autant de la vision architecturale que de la justesse des choix et des arbitrages qui accompagnent le projet.

Cette posture repose sur une conviction : l’architecte ne détient pas seul toutes les réponses. Son rôle est aussi de fédérer les compétences et de donner une cohérence aux différentes expertises qui participent au projet. La richesse vient alors de la diversité des expériences, des métiers, des générations et des points de vue réunis autour de la table. Se priver de cette pluralité, estime Olivia Buttler, revient à appauvrir les projets au moment même où les enjeux auxquels ils doivent répondre deviennent plus complexes.

« L’ego ne sert à rien. La pluralité des regards dans la conception et la réalisation fait la richesse d’un projet. »

Faire confiance pour mieux responsabiliser
En grandissant, le bureau a également fait évoluer son organisation. La fondatrice a progressivement accepté de ne plus être présente partout. Elle reste impliquée dans les orientations stratégiques et les phases de conception, tandis que les équipes disposent d’une réelle autonomie dans le pilotage quotidien des projets et dans la relation avec les clients.

Cette organisation repose moins sur une logique de délégation descendante que sur la responsabilisation et la confiance. Elle permet à chacun de développer ses compétences, de prendre sa place dans le projet et d’en devenir pleinement acteur.

« Pour déléguer, il faut faire confiance. Et plus on fait confiance, plus les personnes trouvent leur place et prennent leurs responsabilités. »

Porter la qualité architecturale jusqu’au chantier
Pour Olivia Buttler, un projet ne se résume pas à sa conception. Le bureau privilégie la direction de travaux chaque fois que cela est possible, afin de conserver une maîtrise de la qualité architecturale, des coûts et des délais jusqu'à la livraison.

Lorsque l'exécution est confiée à une entreprise générale ou totale, OB architectes veille à définir très tôt un cadre précis, avec des dossiers détaillés pour assurer la continuité des intentions architecturales et la qualité attendue.

Plus largement, cette culture de la collaboration se prolonge naturellement sur le chantier, dans la relation avec les entreprises qui participent à la réalisation du projet. Le bureau défend une approche fondée sur la complémentarité de leurs compétences, des responsabilités clairement définies et un dialogue instauré dès les premières phases du projet. Pour OB architectes, la réussite d’une réalisation dépend autant de la pertinence du projet que de la capacité des différents acteurs à travailler ensemble, à partager les informations et à anticiper les interfaces.

C’est d’ailleurs dans cet esprit collaboratif qu’ont notamment été réalisés le foyer Ecogia à Versoix destiné aux personnes souffrant d’un handicap intellectuel, ainsi que les deux antennes lausannoises de l’association « Ma Crèche sous les étoiles » dans l’écoquartier des Plaines-du-Loup et sur le campus du Biopôle.


Un autre rapport au travail
La culture du bureau se prolonge dans son organisation du temps. L’équipe fonctionne sur quatre jours et demi, sans baisse de productivité observée. Pour Olivia Buttler, flexibilité et exigence professionnelle ne sont pas incompatibles. Cette organisation nécessite simplement un cadre clair, de la responsabilisation et une confiance réciproque.

Cette approche s’inscrit aussi dans une évolution plus large du rapport au travail. Les nouvelles générations sont davantage attentives à préserver un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, sans pour autant renoncer à leurs ambitions, à leur engagement ou à la qualité des projets auxquels elles contribuent. L’enjeu consiste dès lors à dépasser l’idée selon laquelle un haut niveau d’exigence et d’investissement professionnel serait nécessairement incompatible avec cette recherche d’équilibre.

Une entreprise peut ainsi être ambitieuse, rentable et structurée, tout en restant bienveillante et attentive aux réalités de vie des personnes qui la composent.

Construire autrement, concrètement
Chez OB architectes, l’intelligence collective n’est ni un slogan ni une stratégie de communication. Elle structure la conception, le management, la relation avec les maîtres d’ouvrage et les partenaires, mais aussi la manière d’envisager la croissance du bureau.

Elle implique également d’accepter que la meilleure idée ne vienne pas toujours de la même personne, que la qualité d’un projet soit le résultat d’un travail collectif et que l’identité d’un bureau puisse être d’autant plus forte qu’elle est portée par une équipe plutôt que par une seule figure.

Dans une branche où la complexité des projets multiplie les intervenants et les interfaces, cette approche apporte une réponse très concrète. Réunir les bonnes compétences autour de la table, partager les informations, expliciter les priorités de chacun et reconnaître les contraintes parfois divergentes ne garantit pas l’absence de difficultés. Mais cela permet de les identifier plus tôt, de mieux arbitrer et d’éviter qu’elles ne se transforment en rapports de force.

Construire sans ego ne signifie donc ni renoncer à une vision, ni diluer la responsabilité de l’architecte. C’est au contraire assumer pleinement son rôle : donner une direction, fédérer les compétences et mettre cette vision au service du projet, plutôt qu’au service de celui ou celle qui la porte.

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