Bâtiments administratif et commerces

Bâtiments administratif et commerces

Skylab, Plan-les-Ouates

HISTORIQUE/SITUATION

Construire enfin. Plan-les-Ouates a pratiquement doublé sa démographie en une génération. Avec ses 10 000 habitants, la commune se présente aujourd’hui comme l’un des plus dynamiques de l’agglomération genevoise. En pleine expansion depuis ces trente dernières années, sa zone industrielle cadrée par le chemin du Pont-du-Centenaire et les routes de Base et de Saint-Julien abrite, outre les emblématiques fleurons de l’industrie horlogère, plus de trois cent entreprises d’une grande richesse d’activités.
C’est dans ce périmètre qu’un terrain végétait dans un état de friche désolant. Surnommé la “piscine” par les riverains qui le voyaient se remplir d’eau à chaque averse, le lieu a été le théâtre d’une opération morte dans l'oeuf, laissant un immense trou à ciel ouvert pendant deux décennies.

Décelé par les autorités communales qui réussissent à acquérir les parcelles en 2005, le potentiel du site se révèle immense : 8 500 m2 disponibles, une accessibilité aisée par l’autoroute, une situation épargnée des habituelles nuisances propres à ce type de zone et, enfin, une proximité directe avec des entreprises de renom. Porté par une ambition ferme et sereine, le projet met en place un partenariat inédit, faisant converger dans un habile montage juridico-financier les intérêts de la commune, ceux de la Fondation pour les terrains industriels (FTI) et ceux d’un investisseur institutionnel. Après avoir cerné les contraintes et défini les besoins, un concours d’architecture se voit lancé en 2010.

PROGRAMME

Penser à demain. Le cadre légal autorise un volume de cinq étages sur rez-de-chaussée, accolé au dos d’une construction récente. La surface cumulée des plateaux atteint 25 000 m2 et accueillent de la biotechnologie, de l’informatique et de l’horlogerie, des restaurants, des petits commerces ainsi que des espaces dévolus aux activités des services publics communaux(une crèche de 60 places, une caserne de pompier).

Au-delà de cette réjouissante mixité, l’idée qui s’impose est celle d’un bâtiment conjuguant espaces professionnels et lieux de vie, capable de répondre aux mutations du monde du travail et, plus largement, de suivre les évolutions de la société contemporaine. Tenu d’offrir une technologie de pointe en phase avec l’activité des entreprises les plus performantes, le futur bâtiment entend en effet garantir des surfaces évolutives et flexibles, adaptables à un maximum de demandes.

Ces ambitions louables s’associent à d’intelligentes considérations écologiques qui visent non seulement le label Minergie®, mais aussi la certification BREEAM® (BRE Environmenta Assessment Method) qui évalue l’empreinte environnementale d’une construction, son cycle de vie, sa capacité à gérer les déchets, à recycler ses matériaux ou à satisfaire un changement d’affectation.

Pour combler les besoins logistiques de ce paquebot destiné à accueillir quotidiennement plus de 1 500 personnes, on a prévu trois niveaux souterrains pour cinq cent septante- cinq places de stationnement (dont une centaine pour les visiteurs), cent vingt six places pour les deux roues, des vestiaires et des sanitaires réservés au personnel.

PROJET

Maîtriser son sujet. Dans un domaine où les façades vitrées et hermétiques font habituellement légion, le pôle d’affaire multifonctionnel désormais baptisé "Skylab" affiche une expression inattendue. Massive sans être lourde, nerveuse grâce aux jeux volumétriques et aux ouvertures nettement marquées, l’enveloppe de cent vingt-cinq mètres de long se caractérise par ses belles fenêtres métalliques et, surtout, par la juxtaposition de centaines de modules préfabriqué sandwich constitués d’un mur porteur intérieur, d’une isolation performante et d’un parement extérieur composé de béton recyclé et de verre.

Cette forte présence minérale extérieure, ce rythme séquencé et cette trame répétitive contrastent avec les options retenues à l’intérieur du volume. Traversant de part en part le bâtiment, une longue rue centrale fonctionne comme un axe d’aiguillage et permet d’accéder aux différents locaux. Ouverte parfois sur vingt-sept mètres de hauteur, cette césure apporte un éclairage naturel à tous les étages grâce à des puits de lumière aux largeurs variables, décalés d’un niveau à l’autre et dilatés par de jolies terrasses suspendues.

Si la composition est originale et l’espace convivial, les descentes de charges désaxées dues à la non-superposition des locaux induisent de singulières solutions statiques. Au contreventement traditionnel assuré par les cages d’escalier et d’ascenseur s’ajoutent en effet des sommiers en béton armé herculéens de 80 x 130 cm de section et, au sous-sol, des piliers capables de supporter pas moins de 1 400 tonnes. Le sous-sol justement abrite une centrale de chauffage à distance ; la toiture végétalisée récupère quant à elle les eaux de pluie réinjectées ensuite dans le réseau des sanitaires.

Les études préalables ont dévoilé une nature de sol argileuse, très mauvaise pour recevoir un bâtiment de cette envergure.

Afin d’accueillir un tel volume et dès lors que qu’une nappe phréatique interdisait d’envisage la réalisation de pieux, il a fallu creuser cinq mètres supplémentaires à la profonde fouille existante, puis créer sur un radier étanche de 110 cm d’épaisseur une nouvelle structure complète de parois moulées avec, en prime, la reprise en sous-oeuvre du bâtiment mitoyen. Aussi complexes soient-ils, ces travaux spéciaux n’ont pas compromis le déroulement du chantier. Maîtrisés d’un point de vue technique, ils confirment les compétences métier des nombreux intervenants et, si besoin était apportent la preuve d’une coordination parfaitement accomplie.

La réduction du nombre d’opérations, l’optimisation du planning et le savoir-faire des différents protagonistes ont permis à “Skylab” de voir le jour sans problèmes majeurs. Avec un vocabulaire à la fois contemporain et classique, une mise en oeuvre très aboutie, le bâtiment affirme sa présence au coeur d’un périmètre voué à d’importantes évolutions dans les année qui viennent. À ce titre, il paraît évident que son attractivité fonctionnelle et esthétique lui assure un rôle prédominant dans le développement d’une zone industrielle moderne, plus que jamais en voie de tertiarisation.